Après le succès de «Joyful», la belle d’origine nigériane séduit sans artifices avec «Gravity At Last». Franche, naturelle, elle se confie sur sa nécessité d’écrire, ses débuts difficiles et se réjouit de l’émergence de talents venus d’Afrique. Rencontre…

C’est un jour de septembre, sur les quais de la Seine, à Paris. Le temps est maussade. Il suffit qu’Ayo arrive avec son sourire franc, son charme inné et son naturel déconcertant pour que la lumière se fasse. Il faut dire qu’elle en a conquis des coeurs avec sa chanson prière, «Down On My Knees». C’était il y a deux ans. Inconnue jusqu’alors, elle faisait chavirer les auditeurs avec sa voix rauque, sa guitare acoustique et son folk universel.
Depuis, la jeune femme a pris de l’assurance. Après avoir conquis l’Europe, son album «Joyful» a été lancé aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs sur ce continent - aux Bahamas précisément - que la belle métisse a enregistré la suite de ses aventures musicales.
Porté par le single «Slow Slow», ce nouvel album suit les traces de son prédécesseur dans une atmosphère acoustique. Sur «Gravity At Last», on retrouve Larry Campbell, le guitariste de Bob Dylan, et Lucky Peterson, légende de la soul music, aux claviers. Ayo nous parle de son album avec passion et humilité.
Les chansons de votre premier album découlaient d’une vraie urgence d’écriture; c’était le cas également pour ce «Gravity At Last»?
Oui, d’une certaine manière, ces nouvelles chansons ont la même urgence. Je n’écris jamais pour faire un disque, j’écris car je ressens le besoin de le faire. La musique a toujours été une thérapie pour moi. Aujourd’hui, je me dis que ça m’aide encore mais j’ai besoin d’une autre forme de thérapie pour me sentir mieux. J’entends encore assez régulièrement cette phrase: «Avec le succès de ton premier album, la vie est belle, non?» Pour moi, la vie est toujours belle. Le succès, ce n’est pas de vendre des disques. Le vrai succès, c’est d’être en bonne santé, de savoir où l’on va et d’être juste avec les gens. Il ne faut pas perdre de vue les choses importantes de la vie.
Votre musique semble totalement intemporelle; c’était votre intention première?
Oui, bien sûr, et j’espère que dans vingt ans, si on écoute mes chansons, on ne pourra pas deviner de quand elles datent. J’espère que les gens auront toujours les mêmes émotions. Ma musique dit la vérité, elle est très personnelle. Je parle de choses que j’ai vraiment vécues. Et si j’étais contrainte de produire un son moderne, comme Madonna ou Kanye West, je serais très malheureuse car ce ne serait pas moi. Je n’ai pas l’habitude de chercher un son, je sais exactement où je vais musicalement.
Peut-on rester authentique dans ce milieu musical?
Pour être honnête, c’est parfois difficile. Je suis partie quelques mois aux Etats-Unis pour promouvoir mon premier album, et ça n’a pas été facile. Je comprends que certains artistes se sentent perdus. Il m’est arrivé parfois d’oublier qui j’étais réellement. A cause de la pression. Pas celle de ma maison de disques, car j’ai une entière liberté, mais celle qui m’est imposée par mes parents. J’ai écrit quelques titres sur eux, parce que j’en ressentais le besoin, et ils l’ont très mal pris. Pourtant, je ne suis plus une petite fille. Je laisse parler mon coeur, peu importe que ça ne leur plaise pas. Mon équilibre, je l’ai trouvé aujourd’hui dans ma propre famille, avec mon homme et mon fils.
La scène nigériane est en pleine effervescence; après vous sont arrivées Asa et Nneka. Que pensez-vous de ces artistes?
Je suis heureuse que des gens comme Asa aient percé, car je sais que pendant longtemps ça n’a pas été facile. Quand j’ai commencé la musique, je m’entendais régulièrement dire: «Non, on a déjà une métisse qui joue de la guitare.» Je leur répondais qu’il y avait aussi plein de blondes qui jouent de la guitare mais que c’était plus facile pour elles! Aujourd’hui, des artistes comme Asa ou Nneka ont signé avec des maisons de disques, ça veut dire qu’il y a des gens qui comprennent que ce n’est pas parce qu’on vient du même pays qu’on fait forcément la même musique. Il y a beaucoup de talents au Nigeria, et je crois que les maisons de disques pourraient en faire encore plus pour eux.








Ajouter un commentaire